« Il faut substituer aux énergies fossiles des énergies alternatives » - L'EnerGeek

« Il faut substituer aux énergies fossiles des énergies alternatives »

Président du groupe d’études énergies de l’Assemblée Nationale, Julien Aubert a accepté de nous décrypter la transition énergétique. En pleine présidentielle, faut-il encore se demander si la future évolution du mix-énergétique tiendra suffisamment compte du réchauffement climatique ?

  • Pouvez-vous revenir sur votre engagement au sein de la commission développement durable à l’Assemblée nationale ?

Étant Député d’une terre rurale, qui couvre presque la moitié du territoire du Vaucluse, essentiellement un territoire composé de villages et de 56 communes, c’est initialement dans l’optique de suivre les enjeux agricoles, mais aussi les questions de protection de l’environnement et d’aménagement du territoire que je me suis impliqué au sein de cette commission permanente. Finalement, au cours du mandat, j’ai été amené à me spécialiser sur les questions énergétiques. D’abord en devenant Président du groupe d’études énergies à l’Assemblée Nationale et Vice-Président de la commission sur la transition énergétique, mais aussi en étant nommé rapporteur au moment d’élaborer le texte sur l’enfouissement des déchets nucléaires et président au moment des travaux sur le démantèlement du parc nucléaire.

  • Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’énergie nucléaire ?

En fait je m’intéresse vraiment à toutes les énergies. Mais il est vrai qu’au sud de ma circonscription, de l’autre côté de la Durance, se trouvent les installations nucléaires de Cadarache et l’International Thermonuclear Experimental Reactor (ITER) ; par ailleurs, au nord se trouvent les installations nucléaires de Marcoule (CEA) et de Tricastin (Areva). Au cours de la législature qui vient de s’écouler, j’ai également été confronté au sujet des énergies éoliennes suite aux projets d’EDF Energies Nouvelles, tandis que nous sommes dans une région où l’énergie solaire est naturellement développée. Enfin, ma circonscription a aussi été concernée par les réflexions pour l’octroi des permis de gaz de schiste.

Au travers de ces différents cas de figure, on s’aperçoit aisément que les enjeux énergétiques impactent souvent les territoires ruraux.  Et puis sur le nucléaire, il y a une spécificité supplémentaire à prendre en considération. De nos jours, cette technologie représente un peu la colonne vertébrale de notre indépendance énergétique. Pourtant, malgré l’importance de cette filière, il y a un certain manque de visibilité, ce qui s’apparente à des attaques assez lourdes de la majorité sortante. C’est d’ailleurs probablement ce contexte qui a contribué à renforcer ma vigilance sur la bonne équation de la transition énergétique.

  • Pouvez-vous revenir sur les grands enseignements du rapport consacré au démantèlement des installations nucléaires ?

Actuellement, on peut dire qu’il existe un chiffrage réacteur par réacteur du démantèlement pour l’ensemble du parc en fonctionnement, même si celui-ci correspond davantage à des prévisions de la direction d’EDF, qu’à des estimations intégrant les retours d’expérience mesurés sur les différentes unités de production. C’est pourquoi, si la faisabilité technique du démantèlement du parc de seconde génération semble désormais assurée, des précisions sur le plan financier devront encore être apportées, notamment afin de mesurer plus finement l’effet de série qui doit permettre d’abaisser les coûts sur les 58 réacteurs.

  • Plus généralement, quel est votre point de vue sur la transition énergétique en cours ?

Au plan mondial, le coût de la transition énergétique reste très lié à la compétitivité des énergies fossiles. La mauvaise nouvelle, c’est que la révolution du schiste est même arrivée à briser le monopole de l’OPEP, puisque les Etats-Unis sont arrivés à faire baisser les prix du pétrole. Or, cela freine les investissements qui pourraient être réalisés dans les énergies alternatives. Autre facteur négatif, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir n’est pas une bonne nouvelle ; il a aujourd’hui pris des mesures pour revenir sur les dernières dispositions de Barack Obama contre la pollution de l’industrie du charbon.

Indépendamment de cela, les efforts que nous pourrions réaliser au niveau français sont en réalité plus symboliques que substantiels, au regard de la dette CO2 qui est devant nous. Si on compare à la dette financière par exemple, il est bon que chaque contribuable participe aux efforts de redressement, mais le rétablissement à l’équilibre des finances publiques demandera une contribution de tous, en fonction des capacités contributives. Dans le cas du climat, la Chine reste la première concernée car elle est aujourd’hui le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre.

Reste le problème de la logique de la transition énergétique à la française. Ici, on part d’une situation qui est plutôt bonne en matière de décarbonisation de l’économie et on s’obstine à démolir en priorité l’industrie qui nous garantit justement cette décarbonisation, à savoir l’industrie nucléaire. Il faudrait arriver à ce que le débat pousse à réfléchir sur les moyens pour substituer aux énergies fossiles des énergies alternatives, plutôt que de substituer de l’énergie nucléaire par d’autres énergies vertes. Toutes ces opérations demandent de la flexibilité, afin que par exemple nous puissions changer une énergie fossile polluante par une autre énergie fossile moins polluante ou même par du nucléaire.

  • Enfin, diriez-vous que les questions énergétiques intéressent les Français ? Que vous disent vos administrés ?

On ne peut pas dire que cette thématique passionne particulièrement les Français, sauf s’ils travaillent dans la filière. Toutefois, avec les préoccupations autour du pouvoir d’achat, le coût de la facture énergétique est souvent évoqué comme indicateur. Pour résumer, les Français ne s’y intéressent pas trop, tant que cela ne se traduit pas pour eux par une augmentation forte des prix. Cependant, lorsque j’organise des réunions publiques sur ces sujets, je constate qu’il y a toujours une participation élevée, preuve que la vie citoyenne continue de se structurer autour de questions matérielles et concrètes, tel que le choix de l’énergie qui alimente nos sociétés.

Rédigé par : Julien Aubert

Julien Aubert
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COMMENTAIRES

  • De toute façon, fermer 15 réacteurs,(transition énergétique antinucléaire) c’est assurément créer les conditions du black out électrique tôt ou tard.
    Sauf qu’ils ont l’intention inavouée(et très hypocrite)de remplacer,petit à petit, cette production électronucléaire par des CCG au gaz naturel(c’est à dire:fossile bien sur)pour justement éviter le black out,dû aux ENR intermittentes.Et tant pis pour le CO2,mais ça ils ne s’en vantent pas.C’est le même principe qu’en Allemagne.Le back up des ENR intermittentes sera CCG au gaz naturel fossile.

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