La géothermie profonde fait l'objet d’un projet inédit à Strasbourg La géothermie profonde fait l'objet d’un projet inédit à Strasbourg

La géothermie profonde fait l’objet d’un projet inédit à Strasbourg

Strasbourg a inauguré à la fin du mois de mars 2017 le chantier de Reichstett. Sur le site de cette ancienne raffinerie en pleine démolition, la ville va construire la première station de géothermie profonde en milieu urbain. Une première française alors que la géothermie commence de plus en plus à être exploitée dans l’hexagone. Le projet alsacien attire tous les regards car il pourrait bien être annonciateur d’un déploiement plus large de cette nouvelle solution énergétique. En effet, plusieurs régions françaises comptent elles aussi développer des centrales de géothermie afin de proposer une alternative énergétique locale aux consommateurs.

Strasbourg : une ville à l’avant-garde énergétique

Du point de vue énergétique, Strasbourg fait figure de ville d’avant-garde en France. Depuis maintenant plusieurs années, la ville est engagée en faveur de la transition énergétique et elle a déployé plusieurs solutions d’énergies alternatives. Elle compte ainsi trois centrales de biomasse en ville, trois sites de géothermie et pas moins de 50 000 m2 de panneaux solaires installés. Et les résultats sont au rendez-vous : la ville comptait 14% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2014, et elle compte bien atteindre la barre symbolique des 20% à l’horizon 2020. Le choix de lancer la construction d’une unité de géothermie profonde est donc dans la continuité logique de la politique énergétique de la ville.

Le site choisi se situe au nord de Strasbourg. Reichstett abritait une raffinerie ; depuis deux ans, elle est en pleine démolition et c’est actuellement le plus grand chantier de dépollution de France. Choisir ce site pour construire une centrale de géothermie profonde était donc tout un symbole pour les responsables de l’urbanisme… mais c’est aussi une nécessité géologique qui dicté ce choix. Car la raffinerie se trouve en fait sur une zone thermique très intéressante : on trouve dans son sous-sol de l’eau à très hautes températures, à des profondeurs relativement basses (moins de cinq kilomètres de fond). Un puits d’exploration a été installé en octobre 2015 afin de s’assurer du potentiel du site, et ce sont les résultats de l’étude préparatoire qui ont permis de porter le choix définitif de la ville sur cette zone industrielle.

Un chantier inédit en France

Ce n’est pas la première fois qu’une ville française installe une centrale de géothermie en zone urbaine (Paris par exemple l’a fait récemment avec la centrale Clichy-Batignolles), mais c’est la première fois pour une centrale de géothermie profonde. Concrètement, l’eau chaude sera puisée à une profondeur de 4 500 mètres et sa température monde à 185°C. Du fait de la profondeur et de l’intense chaleur de l’eau, le forage des puits d’exploitation et la construction de la centrale sont plus complexes pour une centrale thermique habituelle. Afin de tirer le meilleur parti de cette installation, la centrale fonctionnera en cogénération, c’est-à-dire qu’elle permettra à la fois de fournir de l’électricité et du chauffage. Pour les responsables de la mairie de Strasbourg, c’est l’assurance de disposer d’une énergie locale et disponible tout le temps.

A terme, le reste du site de la raffinerie de Reichstett accueillera un EcoParc avec à la fois des logements, des bureaux et une activité agricole. Là aussi, c’est une première en France : aucune autre station de géothermie n’avait jusqu’à présent été utilisée dans un but industriel. Le circuit de chauffage de la centrale devra alimenter des serres agricoles à une température constante de 30°C. La viabilité de ce projet pourrait donner des idées pour des applications agricoles dans d’autres zones de France.

La géothermie profonde, une ressource qui ne fait pas l’unanimité

Malgré l’enthousiasme apparent autour du projet strasbourgeois, la géothermie profonde ne fait pas encore l’unanimité en France. Comme pour les autres méthodes de géothermie, il s’agit d’aller puiser de l’eau naturellement chaude dans le sous-sol. La vapeur d’eau est alors exploitée pour faire tourner des turbines, et elle peut servir aussi bien à fournir de l’électricité que du chauffage. Avec la géothermie profonde, la différence consiste à aller puiser l’eau chaude plus loin dans le sous-sol, en moyenne entre 2 et 5 kilomètres sous terre. Les spécialistes de l’énergie, l’ADEME et les entreprises françaises du secteur énergétique sont très confiants en ce qui concerne le développement de la géothermie sur le sol français, et en particulier sur l’opportunité énergétique que représente la géothermie profonde. Plusieurs permis de recherche ont déjà été accordés à des industriels pour forer des puits d’exploration en Alsace, en Auvergne, dans le Rhône-Alpes ou encore en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Pour exploiter la géothermie profonde, il faut recourir à la fracturation hydraulique.

Mais la géothermie profonde se distingue aussi des autres méthodes par son coût plus élevé. Pour aller capter l’eau chaude en grande profondeur, il faut effectuer une fracturation hydraulique assez comparable à celle opérée pour capter les forages de gaz de schiste. Les industriels doivent fracturer la roche, injecter des produits chimiques et de l’eau… Une méthode qui ne séduit pas beaucoup les écologistes et qui a tendance à inquiéter les riverains. De plus, malgré la captation en grande profondeur, le rendement n’est pas meilleur que pour une géothermie habituelle. Le rendement énergétique pour la production d’électricité est assez faible, et seul le couplage avec une unité de cogénération pour le chauffage permet d’amortir l’installation.

Au final, le coût de l’installation de Reichstett est estimé à plus de 40 millions d’euros (l’ADEME en finance 20 millions) et il semble assez peu compétitif par rapport au prix des installations des énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien. Pour Fonroche, l’entreprise responsable des travaux, le prix élevé du départ doit être mis en balance avec le coût avantageux sur le long terme. La station devrait être mise en service en 2019 et elle est appelée à fournir de l’énergie et du chauffage pendant plus de 50 ans. Avec des coûts d’exploitation faibles et une régularité des prix garantie, la station de géothermie profonde espère donc séduire les sceptiques.

Rédigé par : La Rédaction

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COMMENTAIRES

  • Vous évoquez une première en haute profondeur. Qu’est ce qui la différencie de Bouillante ? (Guadeloupe)

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