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Malgré le smog qui l’asphyxie, la Pologne s’accroche à son charbon

charbon

Si l’actuel gouvernement polonais n’hésite pas à consacrer le charbon comme une richesse nationale, première source d’énergie du pays, ses effets indésirables sur l’environnement et la population sont aujourd’hui de plus en plus visibles. Devenu monnaie courante pour l’ensemble des agglomérations polonaises, le smog interpelle nombre d’associations et d’institutions internationales qui demandent un changement de cap du gouvernement et une refonte du mix énergétique polonais.

Un smog aux effets désastreux

Alors que le nombre de patients admis à l’hôpital pour des problèmes respiratoires ou cardiaques a largement augmenté ces dernières semaines, Varsovie, comme toutes les villes polonaises, s’alarme d’un niveau de pollution atmosphérique record et de la récurrence du smog. Cette épaisse couche de pollution stagnant au-dessus de la Pologne est particulièrement dense cet hiver et provoque l’inquiétude de la population.

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Les magasins proposant des masques respiratoires étaient en rupture de stock au mois de janvier, tandis que les autorités en ont distribué gratuitement aux policiers travaillant sur la voie publique. Des mesures d’urgence qui n’empêchent pas de lourds effets sur la santé des plus fragiles. Selon une étude de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) publiée en 2016, la pollution atmosphérique provoquerait environ 50.000 décès prématurés par an en Pologne, un pays de 38 millions d’habitants. « Pendant les périodes de smog, le nombre de gens qui meurent de maladies respiratoires ou cardiaques monte nettement », explique à l’AFP la professeure Anna Doboszynska, spécialiste de pneumologie dans un hôpital de Varsovie.

Une dépendance au charbon symptomatique

Parc à charbon en Pologne © EDF Pustola Konrad

En cause, l’utilisation généralisée du charbon de mauvaise qualité chez les ménages (pour le chauffage au poêle notamment), et la production d’une grande partie de l’électricité nationale dans des centrales à charbon très polluantes. Ce n’est pas pour rien en effet que la Pologne et encore aujourd’hui l’un des pays les plus pollués d’Europe et compte quelques villes (Cracovie, Katowice ou Varsovie) parmi les plus polluées du monde. 81% de l’électricité y est produite à partir de la houille et du lignite (dont les réserves pourraient couvrir les besoins du pays pendant 150 ans), et la filière représente toujours plus de 100.000 emplois à l’échelle nationale. Ce secteur reste d’ailleurs largement soutenu par le gouvernement très conservateur de Beata Szyllo qui voit dans le charbon une richesse nationale garante de la sécurité énergétique du pays.

Exprimant ses inquiétudes vis-à-vis d’une stratégique à contre-courant, l’AIE a donc lancé, dans un rapport publié en janvier, un appel au gouvernement polonais en faveur d’un mix énergétique plus propre et plus durable. L’AIE y expose notamment une nouvelle stratégie énergétique que la Pologne devrait appliquer « sans tarder » afin de réduire sa dépendance au charbon. « La nouvelle stratégie d’énergie va demander des investissements significatifs pour réduire la part des centrales électriques à charbon et augmenter la part de l’énergie à faible teneur en carbone, y compris dans l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables », expliquait alors Fatih Birol, le Directeur exécutif de l’AIE, cité dans un communiqué.

L’énergie éolienne tourne au ralenti

Parmi les énergies alternatives envisageables en Pologne, l’éolien est longtemps apparu comme une filière pleine d’avenir. Elle s’est imposée peu à peu comme une énergie verte moins chère sur le réseau européen que les vieilles centrales à charbon, et le pays s’est équipé progressivement, via la mise en place de plusieurs parcs éoliens ces dernières années. L’Agence polonaise de l’environnement a également délivré en 2016 la première autorisation pour la construction d’un parc éolien dans les eaux territoriales du pays, ouvrant ainsi officiellement un nouveau marché pour la filière offshore.

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Problème, cette conjoncture favorable à l’éolien terrestre n’aura été que de courte durée. Les normes très strictes fixées par le gouvernement (comme par exemple la distance minimale à respecter pour implanter des éoliennes en zones d’habitation), ont considérablement ralenti le rythme des raccordements, et font peser le doute sur des énergies qui ne représentaient en 2014 que 10% des besoins en électricité du pays. « L’avenir des énergies renouvelables en Pologne semble incertain », déclarait l’AIE dans son rapport.

Un programme de développement nucléaire hésitant

A l’instar de la filière éolienne, les grandes ambitions polonaises dans l’énergie nucléaire souffrent également du scepticisme du gouvernement actuel, fervent partisan du charbon. Selon un programme national lancé en janvier 2014 par le précédent gouvernement polonais et prévoyant la construction de deux centrales de 3.000 mégawatts chacune à l’horizon de 2035, la première d’entre elles devrait être opérationnelle en 2024, et son coût devrait se situer entre 40 à 60 milliards de zlotys (9,23 à 13,85 milliards d’euros), selon des estimations.

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Ce programme avait pour objectif de diversifier les sources d’énergie du pays afin de réduire à la fois sa dépendance à la Russie et ses émissions de gaz à effets de serre. Mais voilà, le modèle de financement et le calendrier applicables font toujours débat au sein de la nouvelle administration en place qui semble divisée sur le sujet. Le ministère polonais de l’Energie expliquait dans ce cadre le 30 janvier dernier qu’il présenterait un nouveau modèle de financement de son futur programme nucléaire d’ici la fin du premier semestre, tout en soulignant que le charbon resterait le fondement du secteur énergétique en Pologne.

Crédits photo : Bogusz Bilewski – EUObsever

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • A propos du C02 et de la Pologne en particulier, il est rapide au plan mondial pour avoir des résultats efficaces au plus vite d’utiliser des techniques comme par exemple le cycle Allam sur les centrales charbon, gaz etc existantes dans le monde, cycle qui permet d’éliminer les éléments toxiques et d’obtenir un CO2 pur utilisable directement dans l’industrie (plastiques, composants du bâtiments, construction etc) ou le stockage dans les puits de pétrole anciens ou existants et autres nappes salines ou le CO2 va se fixer (voir notamment études britanniques plutôt avancées sur le sujet).

    Ceci avec un usage d’eau hyper réduit, un rendement plus élevé que les meilleures centrales thermiques actuelles et un coût encore plus compétitif :

    http://8rivers.com/portfolio/allam-cycle/

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