Le désinvestissement des énergies fossiles gagne du terrain Le désinvestissement des énergies fossiles gagne du terrain

Le désinvestissement des énergies fossiles gagne du terrain

En 2016, le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles a gagné énormément de terrain, au point d’inquiéter les entreprises pétrochimiques fragilisées financièrement. Né il y a seulement quelques années, ce mouvement mondial fait pression auprès des fonds d’investissement, des banques et de nombreuses structures afin de contraindre ces derniers à stopper leurs investissements dans les entreprises liées aux énergies fossiles. Leur but : affaiblir le secteur en faisant diminuer les actifs lui étant dévolus. Mais derrière les arguments écologiques qui veulent faire de la préservation de l’environnement une cause prioritaire, c’est bien l’avenir des énergies fossiles qui se joue. Attaqué de toutes parts, le secteur est en perte de vitesse alors même que les énergies renouvelables sont en plein boum. Et le mouvement de désinvestissement pourrait bien faire définitivement pencher la balance en faveur des énergies vertes.

2016, une année noire : 5 000 milliards de dollars de désinvestissement

L’année 2016 aura été particulièrement dure pour les entreprises spécialisées dans les énergies fossiles. Phénomène international sans précédent, en l’espace d’à peine un an, les désinvestissements dans le secteur ont doublé. Selon une étude d’Arabella Advisors, le désinvestissement aurait atteint 5 197 milliards de dollars en 2016. Au total, les entreprises de 76 pays sont touchées par cette perte d’actifs correspondant au plus important mouvement financier jamais observé dans l’histoire de l’économie mondiale.

Et ce qui est nouveau, c’est que les campagnes de désinvestissement s’élargissent. Ces dernières années, le mouvement était l’apanage des ONG, fondations, organisations confessionnelles et universités. En 2016, des membres des secteurs industriel et financier ont aussi fait entendre leur voix en faveur du désinvestissement des énergies fossiles. Parmi les soutiens à ce mouvement, le plus remarquable reste sans conteste celui de Lou Allstadt, ex dirigeant d’Exxon-Mobil et poids lourd de l’industrie pétrochimique. Devenu un ardent défenseur du désinvestissement, Lou Allstadt ne manque pas d’exprimer publiquement son désamour des énergies fossiles dont il affirme qu’elles sont dépassées et que l’heure est aux énergies renouvelables.

Quand l’écologie fait pression sur l’économie…

Même si le mouvement semble aujourd’hui devoir perdurer, cela n’a pas toujours évident. Retour en 2008. Cette année-là, la première campagne de désinvestissement était lancée aux Etats-Unis. Les étudiants de l’université de Philadelphie manifestaient sur leur campus pour demander aux membres du conseil d’administration de retirer les investissements de l’université du secteur des énergies fossiles. Leur argument : financer cette industrie revenait à cautionner leurs pratiques polluantes et à favoriser la survie d’un système qui mettait l’environnement en danger. Ayant rencontré un franc succès, cette campagne a rapidement inspiré d’autres mouvements similaires, avec un seul mot d’ordre : Divest now ! (Désinvestissons maintenant !).

Ce qui ne semblait au départ qu’une campagne anecdotique limitée aux universités américaines allait pourtant prendre une ampleur considérable en l’espace de quelques années, jusqu’à toucher des investisseurs aussi divers qu’influents. Parmi les organisations s’étant rallier au mouvement de désinvestissement : l’université de Stanford, la Fondation Rockefeller, l’Eglise d’Angleterre, le journal britannique The Guardian, etc. Et les tenants du désinvestissement ne comptent pas s’arrêter là : des campagnes ont été lancées pour faire pression sur le Vatican et obtenir du pape François qu’il retire les fonds que l’Etat a investi dans les énergies fossiles. Le 26 janvier dernier, le parlement irlandais a voté en faveur d’un projet de loi réclamant le désinvestissement de l’Etat dans les énergies fossiles. En Belgique, l’association Ecolo a lancé, en décembre 2016, une campagne pour demander à tous les citoyens belges d’envoyer des courriers à leurs banques afin d’exiger le désinvestissement des énergies fossiles et l’investissement dans les énergies vertes. Dans la même veine, l’ONG 350.org a fait pression sur le musée du Louvre pour que ce dernier refuse désormais l’argent du programme de mécénat du groupe Total.

Un désinvestissement qui accélère la transition énergétique ?

En début d’année 2017, force est de reconnaître que les conséquences du désinvestissement sont très mauvaises pour l’industrie des énergies fossiles. Selon Lou Allstadt : « Le désinvestissement avance l’heure de la comptabilité finale qui montrera que les énergies fossiles sont mortes et que l’avenir est dans les énergies propres ». L’industrie pétrolière a de plus en plus mauvaise presse ; le gaz de schiste est décrié par l’opinion publique ; le charbon est remis en cause par les Etats mêmes qui avaient énormément investi dans son exploitation. Jamais dans l’histoire moderne les énergies fossiles n’avaient eu à faire face à autant résistance : campagnes de communication à son encontre, réduction des bénéfices, conditions d’exploitation rendues difficiles dans certains pays du fait de nouveaux cadres législatifs contraignants (le parlement français s’est récemment prononcé contre toute exploitation du gaz de schiste dans l’hexagone).

Le mouvement du désinvestissement intervient comme un coup de grâce qui pourrait bien sonner la fin de l’ère pétrolière. D’autant qu’en face, les concurrents montent en puissance : les investissements dans les énergies renouvelables augmentent sans cesse. Des emplois sont créés dans ces secteurs. Le prix des technologies solaire et éolienne diminuent et rendent ces énergies vertes de plus en plus compétitives. Enfin, les politiques qui visent à endiguer le réchauffement climatique ne sont absolument pas favorables aux énergies fossiles. Avec autant d’arguments en sa faveur, le désinvestissement des énergies fossiles n’apparaît plus seulement comme un mouvement éthique et circonscrit, mais aussi comme une véritable opportunité financière de surfer sur le succès grandissant des énergies alternatives.

Rédigé par : La Rédaction

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