Déforestation : le paradoxe européen des bioénergies Déforestation : le paradoxe européen des bioénergies

Déforestation : le paradoxe européen des bioénergies

Chaleur, électricité, biocarburant… de nombreux Etats européens se tournent vers les bioénergies pour atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne en matière de production et de consommation d’énergies renouvelables. Cet engouement ne doit cependant pas obérer une réalité préoccupante: le phénomène de déforestation actuellement en cours en Europe. Pointé par un rapport produit par l’organisation Birdlife et relayé par le journal britannique The Guardian, ce phénomène est imputable à une demande croissante de biomasse de la part des Etats mais également à une législation européenne encore bien trop floue sur le sujet.

Générer de l’électricité, de la chaleur et produire des biocarburants à partir de biomasse, tel est le but des bioénergies. Cette activité consiste à valoriser ou plutôt à revaloriser les résidus combustibles issus en majeure partie des activités forestières et rurales. Copeaux, pastilles, sciures, bois morts et autres branches sont utilisés au sein de centrales bioénergétiques pour générer de l’énergie renouvelable.

« Une infime partie de l’énergie produite par les centrales bioénergétiques provient véritablement de résidus d’exploitation »

Un promesse attrayante si l’on omet le fait que seule une infime partie de l’énergie produite par les centrales bioénergétiques provient véritablement de résidus d’exploitation. En réalité, la majeure partie de l’énergie générée par les centrales bioénergétiques provient de la combustion de biomasse issue de l’abattage de pans entiers de forêts. C’est notamment ce que révèle une enquête menée par l’organisation Birdlife relayée par le quotidien britannique The Guardian. Car au lieu de ventiler la production d’énergie renouvelable entre les résidus d’exploitation forestière, le solaire et l’éolien, la plupart des Etats européens choisissent la solution de facilité et abattent des forêts placées bien souvent dans des zones protégées.

Une demande forte, une législation floue

L’Union Européenne s’étant fixé comme objectif de faire passer à 20 % la part de l’énergie issue de sources renouvelables pour 2020, les Etats membres font preuve de volontarisme. Mais manifestement au détriment de la santé des massifs forestiers européens dont provient actuellement 65% de la production d’énergie renouvelable en Europe. Une législation européenne encore trop floue autorise en effet la récolte d’arbres parfaitement sains.

« La Slovaquie a augmenté de 72% son utilisation du bois comme source d’énergie en moins de 10 ans »

C’est le cas notamment en Slovaquie qui a augmenté de 72% son utilisation du bois comme source d’énergie en moins de 10 ans. En Italie également, certaines forêts aux abords des rivières d’Emilie-Romagne ont été totalement décimées sous prétexte d’atténuer les risques d’inondations. Le phénomène n’est pas moins inquiétant aux frontières de l’UE : en Russie par exemple, ce sont non moins de 800 000 tonnes de pastilles de bois qui sont produites chaque années pour être vendues aux usines bioénergétiques du Danemark, d’Italie, de Finlande ou encore de Suède.  Et si les Etats s’en donnent à cœur joie, c’est parce que la législation actuelle ne les contraint pas à utiliser en premier recours les résidus de l’exploitation forestière, les centrales bioénergétiques n’ayant pas l’obligation de prouver que le bois qu’elles utilisent est d’origine durable.  Sini Eräjää, responsable énergie chez Birdlife, estime ainsi que « Ce rapport fournit des preuves claires du fait que les politiques européennes sur les renouvelables ont mené à une augmentation des récoltes d’arbres entiers et à l’utilisation continue des récoltes vivrières pour produire de l’énergie » et ajoute, alarmiste, « Nous subventionnons une destruction écologique de large ampleur, non seulement hors de nos frontières, notamment en Indonésie ou aux États-Unis, mais aussi chez nous ».

De lourdes conséquences pour l’environnement

Recours croissant aux bioénergies d’une part, destructions massives de massifs forestiers entiers d’autre part, dans sa volonté de lutter contre le réchauffement climatique, l’Union européenne est en proie à une situation pour le moins paradoxale. D’autant que cette déforestation est extrêmement nocive pour l’environnement. En effet, tout arbre abattu libère non seulement la totalité du carbone qu’il stocke depuis le début de son existence, mais de plus il ne sera plus en mesure d’absorber le carbone présent dans l’atmosphère. Cette diminution des « puits de carbone » que représentent les forêts devrait, selon le rapport de l’organisation Birdlife, faire chuter le captage de CO2 de 100 millions de tonnes entre 2020 et 2030. Un phénomène de déforestation qui génère donc du carbone tout en empêchant d’en capturer.

Pour tenter de rectifier le tir, de jeunes arbres sont plantés. Il leur faudra cependant plusieurs décennies pour se développer et retrouver, entre autres choses, leur fonction de puits de carbone. Pour Jori Shivonen, responsable biocarburants pour l’ONG Transport & Environnment et coauteur de l’enquête de Birdlife, il est crucial que l’Union européenne réagisse : « La Commission européenne devrait se débarrasser de tous les combustibles terrestres d’ici 2030 et s’efforcer de promouvoir des énergies renouvelables durables, comme le solaire, l’éolien, et les énergies géothermales et marémotrices ».

 

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

    • Quelques objections quand même sur le bilan carbone, l’empreinte écologique, la perte de biodiversité, le cout économique lié aux subventions, la soustraction de terres agricoles pour des usages non alimentaires conduisant à plus d’importations, … En fait, pas tout beau.

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      • Vous avez mal lu le sujet, ces questions sont prises en compte dans la solution évoquée dans le lien d’où son intérêt.

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  • Pointer les abus d’industriels peu scrupuleux dans leur approvisionnement en biomasse est une excellente chose.
    Par contre il est paradoxal de la part de protecteur de l’environnement de faire un tel lobbying contre l’énergie bois.
    Pour faire simple, la valorisation énergétique de la biomasse issue de forêts exploitées de façon renouvelable, est valable tant qu’on substitue cette énergie à l’emploi d’énergies fossiles.
    Quand on consomme une TEP (tonne équivalent pétrole) de charbon, de gaz, ou de pétrole pour produire de l’énergie, on ajoute autant de CO2 dans l’atmosphère terrestre. Si on consomme du bois prélevé de l’accroissement naturel des forêts, la tonne de carbone reste sous terre, et la quantité de CO2 dans l’atmosphère reste constante.
    Alors bien sûr parallèlement, nos pays doivent développer les autres sources d’énergies renouvelables pour qu’elles puissent un jour fournir 100% des besoins. Mais tant qu’on extrait du carbone fossile de notre sous-sol, pour augmenter la quantité de gaz à effet de serre, la combustion de biomasse issue de forêts exploitées durablement sera le levier le plus puissant pour rapidement atteindre les objectifs internationaux de réductions d’émissions de CO2.

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  • C’est sans compter tous les autres polluants émis lors de la combustion de la biomasse : dioxines, furannes, particules fines, goudrons, benzopyrènes, benzène, NOx, HAP, …par les temps qui courent, on s’en passerait, mais, chut, ce sont parait-il des énergies renouvelables.

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