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Transition énergétique : les géants du pétrole prennent le train en marche

A l’instar du groupe français Total, qui a lancé cette année sa nouvelle division consacrée aux énergies renouvelables et à la production d’électricité, la grande majorité des groupes pétroliers internationaux ont entamé leur diversification. S’adapter aux récents bouleversements énergétiques et économiques leur impose aujourd’hui de soutenir des filières renouvelables en pleine croissance et de diversifier leurs sources de revenus dans le respect des objectifs climatiques.

Des intérêts économiques et écologiques convergents

Francis Perrin, président de Stratégies et politiques énergétiques, l’assure, il ne s’agit pas uniquement d’une tendance conjoncturelle reposant sur un prix du pétrole bas et moins rentable. La stratégie de réorientation progressive des investissements des exploitants d’hydrocarbures vers les renouvelables est bien globale. « Si cette anémie pétrolière favorise la recherche de nouveaux leviers de croissance, elle n’en est pas la cause première. Ces tendances avaient commencé avant la chute des prix, depuis l’été 2014, et continueront si les prix se redressent« , explique-t-il.

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Selon cet expert interrogé la semaine dernière par l’AFP, les énergies renouvelables, en pleine expansion depuis plusieurs années, bénéficieraient désormais des faveurs des grands acteurs du secteur pétrolier. Plus compétitives grâce à des coûts de production en forte diminution, elles offriraient une alternative économiquement viable et éthiquement plus responsable compte tenu de la menace du changement climatique qui pèse sur nos sociétés.

« Les géants pétroliers tentent de se diversifier en cédant des actifs non stratégiques et en multipliant les investissements dans les filières renouvelables prometteuses ».

Ces intérêts écologiques et économiques convergent et laissent entrevoir de fortes perspectives de profits pour des compagnies de plus en plus fragilisées par la baisse des cours. Il existe en effet un certain nombre de dispositifs de financement et de subventions autour des énergies vertes qui rendent ces filières très attrayantes. « Il ne s’agit pas pour les compagnies pétrolières d’entretenir des danseuses. Mais si ces choix stratégiques polissent leur image, tant mieux: c’est la cerise sur le gâteau« , résume Francis Perrin.

Une tendance générale à la diversification

Les géants pétroliers tentent donc de se diversifier en cédant des actifs non stratégiques et en multipliant les investissements dans les filières renouvelables prometteuses. Le groupe Total par exemple, a décidé depuis plusieurs années de diversifier son activité dans le secteur des énergies renouvelables via le rachat du fabricant de panneaux solaires SunPower et vise aujourd’hui la commercialisation d’électricité directement aux particuliers. Le groupe français a décidé de consacrer au moins 500 millions d’euros par an dans les énergies alternatives au gaz et au pétrole et récemment récemment son intention de développer son activité de production d’électricité. Il a dans cette optique pris le contrôle du fournisseur d’énergie renouvelable belge Lampiris et vient de faire un pas dans l’éolien aux Etats-Unis en investissant dans un développeur de mini-éoliennes.

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Mais Total est loin d’être le seul à se positionner dans le secteur des renouvelables. Nombre de pétroliers se ruent désormais sur l’or vert. L’énergéticien ENI a confirmé il y a quelques mois sa nouvelle stratégie en matière d’énergies renouvelables et détaillé les dessous d’un modèle unique d’intégration entre son activité traditionnelle dans les énergies fossiles et la production d’énergies vertes. Le groupe italien prévoit notamment d’investir un milliard d’euros en trois ans dans les énergies renouvelables via le lancement de projets solaires en Italie, en Egypte et au Pakistan. De leurs côtés, les groupes Shell, BP et Statoil ont également fait part d’ambitions dans le secteur éolien tandis que l’américain Chevron a déclaré vouloir miser sur les biocarburants.

Seul le groupe ExxonMobil semble encore avancer à contre courant. Malgré ses investissements dans les nouvelles technologies de capture du CO2 et de purification des fumées, le groupe pétrolier américain reste très critiqué pour sa politique insuffisante en matière de réduction des émissions. Sous le coup d’une enquête de l’Etat de New York depuis 2015, il serait même soupçonné d’avoir dissimulé pendant de nombreuses années des études internes démontrant la responsabilité des énergies fossiles dans le réchauffement climatique.

Les hydrocarbures restent dominants

Pas d’emballement pour autant, si ces signes sont encourageants et salués par les défenseurs du climat, ils restent largement minoritaires et n’empêchent en rien l’exploitation des ressources fossiles. Les géants pétroliers s’adaptent mais n’entendent pas pour autant renier leur cœur de métier et leurs principales sources de revenus. La part des hydrocarbures, en baisse dans la production d’électricité, est toujours dominante dans d’autres secteurs comme le transport et devrait continuer à augmenter dans les décennies à venir. Selon le dernier rapport prospectif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation pétrolière et gazière ira croissante jusqu’en 2040.

« Si ces signes sont encourageants et salués par les défenseurs du climat, ils restent largement minoritaires et n’empêchent en rien l’exploitation des ressources fossiles ».

La part des investissements consacrés aux énergies alternatives reste de plus largement insignifiante par rapport aux milliards de dollars affectés chaque année aux projets pétroliers et gaziers. Elle ne représente finalement que 3% des investissements énergétiques des grands groupes pétroliers. Sans compter que développement des technologies renouvelables est également en concurrence avec d’autres technologies auxquelles les exploitants d’hydrocarbures sont très attentifs. Réunis au sein de l’OGCI (Oil and Gas Climate Initiative), dix poids lourds du secteur tentent de promouvoir des technologies thermiques innovantes à faibles émissions de gaz à effet de serre comme la capture et le stockage du CO2 ou la technologie de cycle vapeur supercritique ou ultra supercritique. « Si vous avancez dans ce domaine-là, vous pouvez à long terme développer des énergies fossiles sans que ces énergies contribuent comme par le passé au changement climatique« , souligne Francis Perrin.

Crédits photo : Steven Straiton

Rédigé par : La Rédaction

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