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Quels développements pour les territoires numériques de la FrenchTech ?

La 3e édition de la Digital Week de Nantes s’est achevée le 25 septembre dernier. En 10 jours, ce sont quelque 200 évènements consacrés aux cultures du numérique qui se sont tenus un peu partout en ville. Artistes, chercheurs, entrepreneurs et aussi nombre de curieux ont participé à des échanges et des explorations autour des enjeux d’un numérique toujours plus pervasif.

En 2016, ces évènements sont nombreux, très nombreux. À tel point qu’il devient difficile de se différencier. Certains cèdent parfois à la surenchère, à l’image du salon Viva Technology, qui pour sa première édition s’est enorgueilli d’avoir réuni, au début de l’été à Paris, pas moins de 5 000 start-ups.

Il fait peu de doute que le mouvement FrenchTech – ce label français mis en place par le gouvernement et attribué à des pôles métropolitains reconnus pour leur capacité à faire émerger et croître un écosystème de start-up – constitue l’un des principaux moteurs de cette fièvre événementielle.

Si l’on perçoit bien les enjeux de communication et de marketing liés à de telles manifestations, leur impact sur le tissu économique est, lui, bien plus flou. Notamment parce que la capacité collective à l’innovation d’un territoire – autrement dit une manifestation de son intelligence – ne saurait se limiter aux seules opérations de communication.

La ville intelligente

Les recherches académiques sur la « ville intelligente » (smart city) sont peu fournies ; il s’agit là d’un sujet complexe, convoquant de multiples domaines – sociologie, infrastructure, économie, urbanisme, design, technologie, etc.

Définir un cadre global et admis de tous permettant de dire qu’un territoire est ou gagne en intelligence est à ce jour un travail qui reste à faire. Il peut dans ce cas s’avérer fructueux de faire un pas de côté en s’interrogeant sur ce qu’est l’intelligence d’un système, et de comprendre dans quelle mesure cela peut s’appliquer aux métropoles.

Revenons à ce propos sur ce qu’en dit Michael Batty dans The New Science of City. L’auteur y apporte sa contribution à l’abondante littérature portant sur la science des réseaux, en précisant que la ville gagne en complexité dès lors que la qualité et la densité des connexions entre ses constituants élémentaires se transforment.

Ce n’est donc pas tant le nombre d’éléments constitutifs du système qui importe, mais bien la nature et la densité des relations entre eux.

L’intelligence de la ville concerne ainsi les questions de flux, de densité et de qualité des interactions. Dans cette perspective, les évènements « tech ont un effet modéré sur la qualité et la densité des relations du territoire concerné. C’est particulièrement vrai lorsqu’ils sont orchestrés ou alimentés par des acteurs extérieurs au territoire.

Mettre les talents en relation

Pour les « territoires tech », élaborer des connexions de qualité et des mises en réseau vertueuses ne fait dès lors sens que si l’on a des initiatives, des attitudes, des idées, en un mot des talents, à connecter.

Il faut ensuite chercher à créer un maillage particulier entre ces talents, un peu comme un jardinier qui prend son temps pour semer, cultiver, agencer. Pour cela, une réelle expertise, une fine connaissance des communautés du territoire, mais aussi un projet et une vision pour initier de tels maillages sont indispensables.

Beaucoup de « territoire tech » ont défendu, dans leur dossier de candidature FrenchTech, un positionnement en cohérence avec leur histoire. C’est heureux, mais parfois, celle-ci est peu épaisse et les talents peuvent manquer à bien des endroits. Développer des connexions denses et variées est alors beaucoup plus délicat.

De l’importance des lieux

Il est essentiel de commencer par former des talents du numérique mais aussi autour du numérique car il ne s’agit pas ici de la seule technologie. Les attirer est une autre solution, mais qui s’avère coûteuse. À ce jeu, la compétition pourrait d’ailleurs se révéler vive entre les territoires FrenchTech, surtout lorsque les labellisés sont proches les uns des autres. Aussi, faut-il avant tout se préoccuper de son architecture éducative et de ce que sont les talents du numérique souhaités ou souhaitables.

Autre point important, mis en lumière dans nos recherches sur la dynamique des écosystèmes : les lieux. Ils jouent en effet un rôle crucial dans l’émergence des maillages et permettent de les ancrer durablement dans le territoire. Un lieu, c’est la possibilité de répéter des interactions et d’identifier les bonnes combinaisons entre les talents, de celles qui font sens pour un projet.

Chaque lieu décide alors de la communauté qu’il vise et du type d’événement qu’il organise. Ce peut être un simple tiers lieu, un accélérateur, un espace de coworking ou encore un lab. Les possibilités sont multiples. Enfin, de la bonne articulation des lieux dépend la qualité des connexions qui s’établissent à un niveau plus global et l’intelligence durable du territoire. Entendre ici, la capacité collective à innover dans des registres variés et de façon inattendue.

Le Quartier de la création à Nantes.

Mais revenons à Nantes. La Digital Week est un projet ambitieux qui se veut décloisonnant et il faudra attendre un peu pour voir s’il a pu créer les maillages au long cours. Cela reste toutefois une étape importante dans la construction d’un projet de territoire, parce qu’une vision peut se partager.

Mais surtout, NantesTech rejoindra, à l’horizon 2018, son « bâtiment-totem », construit dans le Quartier de la création. La NantesTech sera sur une portion du territoire où seront également des acteurs concernés par la formation des talents (Université de Nantes, école des beaux arts, école de design, école d’architecture), par l’entrepreneuriat (accélérateur) mais également par la culture (salles de spectacle et accompagnement des artistes).

Le pari est donc bien de « colocaliser » les lieux et les talents supposés complémentaires. Mais pour que la ville « tech » gagne en intelligence collective, il faudra aussi provoquer les connexions et les interactions porteuses d’innovation et de nouveautés. En un mot, cultiver son jardin. Si la proximité géographique peut aider, cela n’en reste pas moins plus difficile et les aléas sont nombreux.

Raphaël Suire, Professeur en management de l’innovation, Université de Nantes

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Rédigé par : Raphaël Suire

Raphaël Suire
Professeur en management de l’innovation, Université de Nantes.
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