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Nucléaire : à quand le démantèlement des anciens réacteurs ? 

Autorité-de-Sureté-NucléaireSix anciens réacteurs nucléaires, construits dans les années 1960 et mis à l’arrêt depuis au profit d’une technologie plus performante, sont en cours de démantèlement par le groupe EDF en France. Dans une note parue le 2 juin, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a laissé entendre que ces opérations pourraient être décalées dans le temps, repoussant la déconstruction des réacteurs de plusieurs décennies. Pour EDF, qui a la responsabilité de démanteler ses anciennes centrales, il s’agit surtout d’optimiser la maîtrise des opérations et de s’assurer des conditions de sûreté et de sécurité optimales. 

Une nouvelle stratégie de démantèlement « sous air » plus sûre

Le démantèlement des réacteurs nucléaires en France est régi par des normes réglementaires très strictes répondant au principe d’immédiateté et imposant à l’exploitant de procéder à la déconstruction « dans un délai aussi court que possible dans les conditions économiquement acceptables ». Ce principe de base ne doit pourtant pas être synonyme de précipitation, mais s’accompagner de nombreux contrôles en matière de sûreté et de sécurité nucléaire.

Actuellement, six réacteurs de type « uranium naturel graphite-gaz » (UNGG) sont cours de démantèlement dans l’Hexagone. Situés sur les sites de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), de Chinon (Indre-et-Loire) et du Bugey (Ain), ces réacteurs ont été mis en service entre 1963 et 1972 et arrêtés progressivement au profit d’un autre type de centrales fonctionnant à eau pressurisée, actuellement en exploitation.

Auditionné fin mars par le collège de l’ASN, le groupe EDF a exposé sa nouvelle stratégie en la matière. La technique du démantèlement « sous eau » choisie à l’origine n’étant plus optimale au regard de l’évolution des technologies, l’électricien envisage d’effectuer ces opérations de déconstruction « sous air » afin d’éviter « les problèmes d’étanchéité et de corrosion, et de réduire les volumes de déchets liquides », précise le groupe dans le journal Le Monde. Cependant, cette méthode modifie le rythme des démantèlements, sans pour autant qu’il faille y voir une façon de repousser ces chantiers de déconstruction, mais bien le recours à un mode opératoire à la fois plus sûr et plus propre.

La France pionnière en matière de démantèlement

Dans les faits, ces nouveaux choix techniques ne rallongent pas véritablement la durée des opérations mais modifient leur séquencement. Elles nécessiteront en effet un travail préparatoire plus important ainsi que des phases de tests plus poussées. Le groupe EDF préconise également de réaliser la déconstruction totale d’un premier réacteur (appelé tête de série) avant d’entamer celle des autres afin de bénéficier de son retour d’expérience. Cette tête de série devrait, selon ce nouveau plan, être déconstruite vers 2050 et les cinq autres réacteurs vers 2090. Un délai important certes, mais qui permettra à l’énergéticien français d’apporter les meilleures garanties en matière de radioprotection, de sûreté, de sécurité des intervenants, et de gestion des déchets.

Notons au passage que, si cette méthode implique un décalage dans le temps des opérations, la France reste aujourd’hui largement en avance en termes de démantèlement et sera le premier pays à avoir entamé de telles procédures pour des réacteurs UNGG. Au Royaume-Uni par exemple, qui dispose à ce jour de 25 réacteurs du même type, les opérations de démantèlement ne sont envisagées qu’à partir de 2100. « Il ne s’agit pas d’attendre que la radioactivité diminue d’elle-même, comme le font les Britanniques, mais bien de profiter de l’expérience de Chinon, assure la direction d’EDF. Et même avec ce décalage, nous serons parmi les premiers au monde à avoir démantelé un réacteur graphite-gaz ».

L’électricien français devrait présenter prochainement un programme d’intervention détaillé à l’ASN et prévoit d’ores et déjà de réaliser dans les quinze prochaines années le démantèlement de l’ensemble des installations périphériques aux réacteurs. Toute décision sur le sujet reste néanmoins soumise au feu vert du gendarme du nucléaire, et à la publication de nouveaux décrets par le gouvernement.

Rédigé par : jacques-mirat

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