Crise de l'électricité en Europe : le bilan du CGSP et ses recommandations - L'EnerGeek

Crise de l’électricité en Europe : le bilan du CGSP et ses recommandations

CGSP_logoLe CGSP (Commissariat général à la stratégie et à la prospective)  est revenu dans un récent rapport sur la crise de l’électricité dans l’Union Européenne. Trois éléments ont été souligné comme étant des limitations aux ambitions énergétiques de l’Union. Ces éléments sont la crise économique, l’augmentation de la part des ENR (énergies renouvelables) et le rebond du charbon.

[stextbox id= »info »]Les conclusions du CGSP sur l’état énergétique de l’Europe[/stextbox]

Le Commissariat a rappelé les deux grandes bases de la politique énergétique européenne : l’ouverture dans les années 1990 d’un marché de l’électricité intérieur et libéralisé, ainsi que le paquet climat-énergie de 2008. Mais la crise qui frappe l’économie depuis quelques années a depuis atteint la consommation électrique et de facto, les groupes énergétiques. Les prévisions des besoins en énergie se sont révélées fausses. Les foyers mais aussi les entreprises, plus particulièrement dans le secteur industriel, ont baissé leur consommation.

La production des énergies nouvelles a aussi sa responsabilité dans les difficultés du secteur de la production électrique en Europe. Le CGSP a insisté sur les particularité de la vente des ENR. Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez explique la situation. Le marché des ENR est « une sorte de guichet ouvert avec, d’un côté, des tarifs de rachat attractifs et de l’autre un accès prioritaire au réseau, et tout cela quelle que soit la situation du marché et les lois de l’offre et de la demande ». En somme, en plus d’avoir un accès facilité au marché européen, ces ENR bénéficient d’un prix attractif grâce aux aides publiques. Les producteurs d’énergie à partir de gaz, comme GDF Suez en payent les conséquences : les centrales à gaz ferment les unes après les autres faute de compétitivité. Problème : elles assurent l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité, une fonction que l’éolien ou le solaire ne peuvent remplir du fait de leur intermittence. La sécurité de l’approvisionnement électrique est donc à terme menacée, selon le CGSP.

De plus, le financement européen des énergies nouvelles qui a représenté en 2012 30 milliards d’Euros (dont 20 pour l’Allemagne), contribue à faire monter les prix pour le consommateur. Alors que le coût de l’électricité sur le marché de gros baisse du fait de la surcapacité des moyens production, le soutien aux ENR fait monter la facture des consommateurs. En Allemagne, les prix pour le consommateur ont augmenté de 27% depuis 2007 et ont doublé depuis 2003.

Le troisième élément souligné par le CGSP est le retour du charbon sur le marché européen. Alors que le rapport explique qu’il faut « considérer l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre comme le principal, sinon l’unique, objectif du prochain paquet climat-énergie » ; les forages de gaz de schiste outre-atlantique ont fait chuter le prix du charbon, le combustible le plus émetteur de gaz à effet de serre que les américains proposent à prix cassé aux membres de l’UE. L’arrêt du nucléaire allemand annoncé en Mars 2011 par Angela Merkel a par exemple été accompagné en Allemagne par une augmentation de la production thermique à base de charbon (44% de l’électricité allemande en 2013).

Les taxes sur le CO2 liées au marché des quotas ne sont actuellement pas assez élevées pour orienter les industriels vers une production plus sobre. Pour le CGSP, le prix de la tonne de CO2 doit passer d’une moyenne de 3 ou 4 euros à un prix compris entre 50 et 60 euros. La Commission européenne a proposé récemment une réforme du marché des quotas de CO2.

[stextbox id= »info »]Les recommandations du CGSP pour l’avenir de l’énergie en Europe[/stextbox]

Afin que l’Europe puisse réagir face à cette situation, le CGSP a proposé sept conseils pour aller dans le sens d’une nouvelle politique européenne :

  1. La réduction des gaz à effet de serre est le principal voir l’unique objectif (baisse de 40% d’ici 2030 par rapport à 1990). Le CGSP souhaite donc abandonner les objectifs portant sur la part des ENR et l’efficacité énergétique.

  2. Il faut reconsidérer les politiques de soutien aux ENR.

  3. Le marché du carbone doit être réformé.

  4. Il faut intégrer les pays européens non-membres au marché commun de l’électricité.

  5. La recherche doit se concentrer sur le développement des technologies innovantes.

  6. Les États doivent se réaffirmer dans le marché et la production énergétique dans leur pays.

  7. Les contrats à long terme doivent se développer dans le but de de favoriser les projets à faible émission de carbone.

Le but est en fait d’établir un marché et une politique durable à l’échelle européenne en ce qui concerne l’électricité. Pour le CGSP, le marché des ENR va devoir être transformé afin d’abandonner l’actuel système d’achat à des tarifs avantageux pour tendre vers une intégration au marché basé sur un système de primes.

Il est intéressant de noter que le Commissariat ne maintient pas un but pour chaque état mais un objectif commun pour l’ensemble de l’Union.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • L’arrêt de certains réacteurs nucléaire allemands en 2011 est dans la continuité de la loi de sortie du nucléaire de 2002, que les conservateurs voulaient repousser d’une douzaine d’années à peine six mois avant Fukushima, qui a servi de rappel à la loi initiale.

    Depuis, la moindre production nucléaire n’est pas compensée par le charbon mais par les énergies renouvelables.

    http://energeia.voila.net/electri2/allemagne_nucle_charbon.htm

    Entre 2010 et 2013, la production nucléaire a diminué de 44 TWh et celle des renouvelables a augmenté de 42 TWh.

    Par contre, le charbon et le lignite, avec 23 TWh de plus, ont à peine remplacé le pétrole et le gaz, qui ont diminué de 25 TWh.

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