Depuis le début du programme nucléaire français dans les années 1970, EDF a fait le choix de sous-traiter à des entreprises spécialisées l’essentiel des opérations de maintenance de ses réacteurs lors des arrêts de tranche. Pourquoi ce choix? Quelles mesures pour la sécurité des intervenants d’entreprises prestataires ?
Des entreprises spécialisées pour répondre à des besoins spécifiques
Les 500 entreprises qui interviennent tous les ans sur le parc nucléaire français, mobilisant près de 20.000 professionnels et effectuant 80% des opérations de maintenance, sont très spécialisées et sont rigoureusement sélectionnées par EDF. Depuis 2001, les entreprises prestataires officiant dans le secteur du nucléaire doivent avoir fait l’objet d’une certification appelée CEFRI E et I, qui garantit leurs compétences.
Les opérations qu’elles prennent en charge sont exceptionnelles à plus d’un titre. Elles interviennent lors des arrêts programmés des réacteurs pour assurer la maintenance des centrales nucléaires. Il s’agit d’un vaste domaine d’activités nécessitant de multiples compétences.
Comment expliquer qu’EDF externalise ces opérations ? Les arrêts de tranche, qui durent généralement de 30 à 90 jours, sont des chantiers qui sont renouvelés très régulièrement. Les visites décennales, dont l’objectif est d’obtenir la prolongation de la durée d’exploitation d’une centrale, sont effectuées tous les 10 ans. Par ailleurs, les opérations de maintenance des centrales nucléaires sont généralement concentrées sur une période de 8 mois (de mars à octobre) car c’est la période de l’année où la demande en électricité est la moins importante en France.
Ainsi, ces opérations de maintenance sont ponctuelles sur la centrale concernée et génèrent une pointe d’activité. De plus, il s’agit d’interventions souvent complexes et techniques qui nécessitent de disposer de techniciens très compétents. D’où le choix de faire appel à d’entreprises extérieures,ce qui permet de gérer les flux d’activités et de disposer de savoir-faire très « pointus » dispensés par des entreprises expertes.
La mobilité fait donc partie intégrante de la vie de la plupart de ces sous-traitants aux compétences rares (certaines interventions de pointe ne peuvent être réalisées que par une poignée de personnes dans le monde) qui interviennent sur l’ensemble du parc nucléaire français et parfois européen.
L’externalisation de ces opérations à des professionnels nomades constitue un gage de qualité des interventions puisque ces intervenants doivent être en mesure d’exercer leurs compétences au gré des chantiers pour atteindre le niveau d’excellence requis.
EDF garde-t–il la maîtrise des opérations ?
Si la compétence des entreprises sous-traitantes n’est pas remise en cause, qu’en est-il de la maîtrise des opérations par EDF ? Si certains se demandent si ces externalisations ne posent pas un problème de sûreté en soi dans la mesure où l’opérateur des centrales ne réalise pas la maintenance de ses centrales lui-même, la supervision par EDF des opérations de maintenance externes est en réalité constante et très rigoureuse.
Sur chaque chantier, un spécialiste EDF supervise les travaux et s’assure qu’ils sont réalisés en conformité avec les demandes formulées en début de chantier par EDF. D’ailleurs, en cas de problème, le superviseur peut aller jusqu’à suspendre les travaux ! Et puis, tout au long des travaux l’exploitant et ses entreprises sous-traitantes travaillent conjointement, afin d’assurer au mieux la maintenance.
En plus de ces mesures importantes, l’activité nucléaire est de toute façon fortement réglementée. Des contrôles externes menés par l’Autorité de sûreté nucléaire sont également menés régulièrement (plus de 450 inspections par an dont 15% réalisées par surprise) et assurent une vérification externe indépendante des pratiques d’EDF en matière de maintenance.
Les conditions de travail des prestataires
Plus que la sûreté des installations, le vrai enjeu de la sous-traitance dans le secteur nucléaire concerne finalement la sécurité des sous-traitants et leurs conditions sociales.
Contrairement à certaines idées reçues, les salariés sous-traitants et les salariés EDF bénéficient des mêmes conditions de travail, de radioprotection et de suivi médical, ce qui est parfaitement logique dans la mesure où ils interviennent sur les mêmes chantiers. Les différences d’exposition à la radioactivité dépendent non pas du statut des intervenants, mais bien du métier exercé. Car effectivement, certaines professions sont plus exposées que d’autres.
Les calorifugeurs et les soudeurs font partie des travailleurs exposés puisqu’ils travaillent à proximité des tuyauteries et d’autres matériels situés dans le cœur du réacteur, là où la radioactivité est la plus forte (plus de 2 mSv/heure). La réglementation internationale oblige les exploitants à ne pas soumettre les intervenants à plus de 20 mSv par an et la moyenne annuelle par intervenant a été de 1,19 msv en 2010, un taux largement inférieur à la limite fixée.
Les procédures prévoient par exemple que lorsqu’un salarié est exposé à des radiations régulières, il est ensuite réorienté sur des opérations de maintenance beaucoup moins exposées, et ce bien avant qu’il n’atteigne la limite réglementaire.
Pour s’assurer des conditions d’intervention de ces salariés, une visite médicale régulière est également assurée ainsi que différents contrôles de mesure de la radioactivité, pour chaque intervention en zone nucléaire. Les salariés d’entreprises prestataires sont également formés à la maîtrise des risques et à la radioprotection.
Enfin, au niveau social, les salariés des entreprises sous-traitantes bénéficient de conditions spécifiques (indemnités pour les déplacements, aide au logement, instances d’écoute et de suivi au sein de la centrale…). Le but est de permettre à ces travailleurs de la maintenance nucléaire, dont la mission est primordiale pour les centrales, d’exercer leur activité dans les meilleures conditions possibles.
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